Baromètre du mécénat d’entreprise – ADMICAL

« La crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons aura un impact majeur sur l’engagement des entreprises mécènes. Elle a réveillé l’urgence d’agir pour celles qui en ont les moyens et nous nous réjouissons de voir que de nombreux mécènes déclarent d’ores et déjà qu’ils stabiliseront leurs budgets mécénat pour l’année à venir ! Cependant nous restons prudents. Certains mécènes risquent de réduire la voilure ou de réorienter leurs dons, ce qui aura un impact non négligeable sur de nombreux acteurs de l’intérêt général, qui ont besoin du mécénat pour continuer leurs actions dans la culture ou le sport par exemple », déclare François Debiesse, président d’Admical.

Des perspectives d’engagement plutôt favorables pour 2021 malgré un contexte économique en berne

Des mécènes fortement touchés par la crise sanitaire et la réforme de la loi mécénat

En 2019, la loi Aillagon a connu une réforme majeure, limitant le taux de réduction fiscale pour les grandes entreprises (de 60 à 40% pour les dons supérieurs à 2 millions d’euros par an) et facilitant les dons des petites entreprises jusqu’à 20 000 euros. Cette instabilité juridique et fiscale générée par la réforme devrait impacter plus d’un quart des entreprises mécènes en France qui prévoient de faire évoluer leur budget ou leur stratégie de mécénat pour s’adapter à ces nouvelles règles. Parmi elles, les PME mécènes sont les plus nombreuses à faire évoluer leur engagement.

Par ailleurs, la crise sanitaire bouleverse les mécènes dans leurs habitudes et les poussent à s’interroger sur leur rôle et leurs capacités à agir dans les prochaines années. Ainsi, 58% des PME mécènes, 64% des ETI mécènes et plus de 8 grandes entreprises sur 10 changeront leur stratégie de mécénat, leur budget ou les deux suite à la crise sanitaire. Au global, 60% des entreprises mécènes interrogées par l’IFOP prévoient que leur politique de mécénat sera impactée par la crise sanitaire liée au Covid-19 et 87% d’entre elles estiment que l´engagement sociétal des entreprises risque d’être ralenti par la crise économique.

Malgré les difficultés, les entreprises affirment leur volonté de maintenir leur engagement sociétal

Pour autant, 72% des entreprises interrogées prévoient de maintenir leur budget mécénat à l’avenir. 10% des entreprises mécènes pensent même pouvoir augmenter le montant de leurs dons en 2021. Seules 14% d’entre elles pensent être dans l’obligation de diminuer leur budget mécénat, voire pour 2%, de le supprimer complètement. Ces déclarations sont plutôt encourageantes au regard de la crise que l’on traverse et des besoins immenses auxquels font face les associations et autres acteurs de l’intérêt général.

Une réorientation des budgets vers le social et la santé qui laisse présager des difficultés majeures pour les autres secteurs de l’intérêt général

Pour 85% des entreprises mécènes interrogées, il est important de privilégier le domaine du social à l’avenir. 83% pensent même que certains domaines seront délaissés au profit des actions de solidarité. Ces chiffres sont à mettre en corrélation avec la précédente étude menée par Admical en juin 2020 [2] qui annonçait que 41% des entreprises mécènes prévoyaient de revoir leur stratégie mécénat, 7% étant même certaines de s’engager dans de nouveaux domaines.

Une progression continue du mécénat en France qui s’affirme comme une pratique stratégique pour les entreprises

La hausse du mécénat se confirme

Depuis 2010, le nombre d’entreprises mécènes ne cesse d’augmenter. C’est en moyenne 10 000 entreprises supplémentaires qui deviennent mécènes chaque année. Une progression constante qui se confirme entre 2017 et 2018 avec près de 12 000 nouvelles entreprises mécènes en un an. Au total, en 2018, la France compte 96 000 entreprises ayant déclarés leurs dons auprès de l’administration pour un montant de plus de 2 milliards d’euros. Pour autant, toutes les entreprises ne déclarent pas leurs dons (ou pas totalement) et ce pour des motifs variés : manque de temps, manque de connaissance du dispositif, volonté de ne pas faire jouer le levier fiscal… Aussi, Admical estime que le nombre total d’entreprises mécènes en France est toujours de 9% pour un montant global de dons compris entre 3 et 3,6 milliards d’euros.

Un mécénat stratégique de plus en plus assumé par les entreprises

Les motivations qui poussent les entreprises à devenir mécènes sont nombreuses. Parmi elles, la contribution à l’intérêt général (89%), l’incarnation des valeurs de l’entreprise (86%) et le soutien à l’innovation sociale (81%) sont les trois motifs les plus souvent cités. Viennent également la valorisation de l’image et de la réputation de l’entreprise (80%) ; le renforcement de l’ancrage territorial (71%), la cohésion interne de l’entreprise (68%) ou encore le développement de nouvelles relations avec les partenaires (65%).

Des pratiques d’engagement de plus en plus structurées

Depuis plusieurs années, Admical constate une professionnalisation accrue du secteur du mécénat qui se confirme avec ce nouveau baromètre. La création d’une structure dédiée au mécénat (fondation, fonds de dotation, association…) n’est plus l’apanage des grandes entreprises puisque près de la moitié des entreprises (48%) y ont recours pour réaliser (totalement ou en partie) leurs actions de mécénat. En 2019, 1/3 des PME mécènes et 1/3 des ETI mécènes ont réalisé leurs actions de mécénat via un véhicule juridique.

La mesure d’impact est également de plus en plus courante. 25% des entreprises mécènes déclarent créer un cadre de suivi et d’évaluation de leurs actions de mécénat. Cependant la maturité des entreprises sur ces sujets est très différente selon leur taille. Si 92% des grandes entreprises mécènes ont formalisé un cadre d’évaluation, seulement 16% des PME mécènes s’y sont intéressées.

Enfin, le mécénat collectif, dont les vertus sont nombreuses, est désormais pratiqué par 23% des mécènes. Sans surprise, les grandes entreprises sont les plus enclines à agir en collectif (51%), généralement avec l’ambition de répondre de manière holistique à une problématique sociétale spécifique. Au contraire, les PME privilégieront l’approche territoriale pour renforcer les liens avec les autres mécènes et répondre aux besoins locaux prioritaires.

Le sport et l’environnement progressent mais le trio de tête des secteurs les plus soutenus se maintient (social, culture et éducation)

Les domaines du social, de la culture et de l’éducation restent les trois domaines prioritaires soutenus par les mécènes. A eux seuls, ils captent 55% du budget global du mécénat. Suivent ensuite, juste derrière, le sport (15% du budget) et la santé (14%) dont on peut s’attendre à ce que le budget soit bien supérieur lors du prochain baromètre en raison de la crise sanitaire. Pour la première année, le domaine de l’environnement monte dans le classement. Bien que son poids dans le budget global du mécénat reste faible, les entreprises sont plus nombreuses à s’engager dans ce secteur (13%). [3]

[1] Baromètre Admical 2020 : Le mécénat d’entreprise en France.

Pour étudier la progression du nombre de mécènes en France et analyser les évolutions, Admical s’appuie depuis 2 ans sur les chiffres du Ministère de l’Economie et des Finances. Les plus récents portent sur l’année 2018. Pour détailler les pratiques des entreprises mécènes en France, Admical se base cette année sur une enquête téléphonique réalisée par l’institut IFOP, complétée par un questionnaire online, auprès de plus de 1 400 entreprises. L’enquête porte sur leurs pratiques de mécénat pour l’année 2019.

[2] Covid 19 : premiers impacts sur l’engagement des mécènes – ADMICAL

[3] Le baromètre Admical 2020 comporte également 4 modules spécifiques à retrouver dans la version complète portant sur le mécénat dans le domaine du sport, de la culture, le mécénat dans les territoires et le mécénat de compétences.

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