En 2020, la recherche à l’ouvrage pour Notre-Dame – CNRS le journal

Martine Regert Coordinatrice des recherches Chantier scientifique Notre-Dame « L’année 2020, ça a été vraiment l’année de mise en place des programmes de recherche. Il y a tous les aspects de la recherche, mais il y a également comme vous le soulignez les aspects de relation avec le chantier de restauration, la restauration elle-même n’a pas démarré. On est en terme de restauration dans la phase encore d’urgence, de stabilisation de l’édifice et de travail sur l’échafaudage, de démontage de l’échafaudage, tout ça fonctionne en parallèle avec des temps d’action assez différents que l’on articule. » 8 groupes de travail ont été créés pour étudier la cathédrale. Ils se concentrent sur l’aspect matériel comme le bois, la pierre, les métaux ou encore le verre. La modélisation de la structure, visuelle ou sonore. Mais aussi sur l’anthropologie sociale afin de mesurer l’impact de la catastrophe sur la population. L’objectif : ne pas perdre les informations scientifiques contenues dans les débris et référencer les vestiges du patrimoine culturel. Martine Regert « Nous avons commencé à obtenir des résultats en 2020. Tout l’écosystème numérique est maintenant mis en place, nous avons obtenu les crédits pour le réaliser pour l’alimenter. Et donc il sera opérationnel et ouvert à tous les chercheurs du chantier scientifique à partir de début 2021. Donc on va pouvoir commencer à rentrer des données, à mettre ces données en relation. D’autre part il y a un diagnostique 3D également, en trois dimensions de l’état sanitaire de la cathédrale qui a été réalisé. » Parmi ces groupes, Mylene Pardeon, Brian Katz et leurs équipes travaillent sur l’acoustique de la cathédrale. Dont l’état s’est fortement détérioré depuis l’incendie. Brian Katz « Entre les mesures qu’on avait effectuées en 2015 et aujourd’hui, l’acoustique s’est atténuée d’à peu près 20%. Donc elle est plus sèche, moins réverbérante, donc moins riche en termes de sonorité. » Ensemble, ils tentent de reconstituer son paysage sonore au fil des âges… Ils prennent en compte l’impact des matériaux et du mobilier sur l’acoustique. Mylene Pardeon Archéologue du paysage sonore « Comme c’est un modèle virtuel, ça nous fait une sorte de grand navire, de grande nef, où on peut voyager dans le temps, dans une acoustique qui a été modifiée au fil du temps. Donc par exemple, à un moment donné il y a eu un jubé. Est-ce que ce jubé il a eu une incidence plus ou moins forte sur l’acoustique de Notre Dame. Donc on a huit périodes qui ont été désignées pour qu’on puisse remonter le temps en disant : ‘comment ça sonnait en 1100? Comment ça sonnait en 1300? Comment ça sonnait en 1400? Comment ça sonnait en 1800? Comment ça sonne maintenant? Et comment ça peut sonner dans le futur?’ » Siècle après siècle, les caractéristiques sonores de la cathédrale évoluent… Comme une voix qui résonne différemment avec l’âge. Grâce notamment à des archives et des documents historiques, Mylene Pardeon tente de se rapprocher au plus près des sonorités qui ont habité la cathédrale au cours du temps. Une fois reproduites, les équipes du CNRS font résonner les sons dans la cathédrale afin d’étudier l’acoustique du bâtiment. C’est le travail de Brian Katz qui, à l’aide des modélisations et simulation acoustiques virtuelles, étudie l’impact des matériaux sur la perception du son. Brian Katz Acousticien « On prescrit des propriétés acoustiques à chaque surface du modèle et on peut simuler la propagation des ondes sonores dans la cathédrale et placer des sources virtuelles et des microphones virtuels où on veut. Et en discutant avec les architectes on peut modifier par exemple les problèmes acoustiques des pierres ou des vitraux ou ajouter des meubles et voir l’impact sur l’acoustique. » En collaboration avec des architectes et des ingénieurs, cette méthode permettra d’adapter la restauration de la cathédrale. Les équipes qui participeront à la restauration bénéficieront également d’un accès à une base de données commune, issue des résultats des recherches en cours, pour les assister dans leurs travaux. Pour que le patrimoine de la cathédrale résonne à nouveau un jour dans le coeur de Paris. FIN.

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