Culture – «La numérisation des archives de la cinémathèque est notre priorité» – L’Expression Edition OnLine

L’Expression: Cela fait presque deux ans que vous êtes à la tête de la cinématique algérienne. Quel bilan en faites vous? Salim AGGAR: En effet, depuis décembre dernier, j’ai bouclé mes deux ans à la tête de la Cinémathèque algérienne. J’estime que nous avons réalisé de belles choses depuis, notamment sur le plan communication et programmation. Depuis mon arrivée à la tête du CAC (Centre algérien de la cinématographie) nous avons essayé de relancer la machine qui avait le succès de la cinémathèque, c’est-à-dire multiplier les ciné-clubs, nous avons organisé plus de 53 ciné-clubs en 2019, notamment dans les trois cinémathèques: Alger, Béjaïa et Tizi Ouzou. Nous avons également rétabli la cinémathèque comme le lieu de prédilection pour les jeunes cinéastes et le cinéma étranger. Nous avons pour cela organisé plusieurs avant-premières de courts métrages et de docs et surtout relancé la coopération avec les instituts étrangers en matière de coopération culturelle, notamment avec les trois instituts étrangers qui organisent des manifestations cinématographiques: l’Institut italien, l’institut Cervantes et l’IFA. La cinémathèque d’Alger, qui est considérée comme le coeur de la Cinémathèque algérienne a organisé plusieurs projections pour les jeunes réalisateurs: Nazim Larabi, Kamel Aiche, Khaled Kebich, Khaled Bounab,, mais également Ahmed Rachedi à la cinémathèque de Béjaïa, Karim Moussaoui à la cinémathèque de Tlemcen et Fatma Zohra Zaâmoum à la cinémathèque de Tizi Ouzou. Sans oublier les femmes réalisatrices du collectif cinéma et mémoire de Habiba Djahnine avec la projection de six documentaires réalisés dans le cadre d’un atelier de création de films documentaires qui s’est tenu à Timimoun et Alger de novembre 2017 à mai 2019. En revanche, pour 2020, nous avons travaillé durant 2 mois et demi, mais nous avons réalisé de bons chiffres, avant d’être stoppés par le confinement, le 11 mars.

Cette période de crise sanitaire a mis à mal beaucoup d’infrastructures culturelles. Qu’en est-il de la cinémathèque?En effet, la crise sanitaire a touché nos recettes commerciales, mais elle n’a pas stoppé notre travail au CAC, puisque nous nous sommes redéployés rapidement sur le digital. À partir de l’instauration du confinement à cause de la Covid, suite à l’instruction de la ministre de la Culture de fermer tous les espaces culturels et de transformer leurs programmes en mode virtuel, le CAC a commencé un programme ambitieux de diffusion des programmes sur le Net: Ce programme était repris par les responsables de toutes les salles de répertoire à travers leurs pages facebook. La Cinémathèque algérienne diffusait ses programmes et les activités sur les pages facebook du CAC, de la Cinémathèque algérienne et celle de la bibliothèque de la Cinémathèque algérienne ainsi que sur le compte Twitter et son site Internet http://www.cinematheque.dz. Ces dernières sont reprises automatiquement par les autres pages des salles de répertoire: Béjaïa, Tizi Ouzou, Tlemcen, Batna, Oran, Blida, Sidi Bel Abbès, Souk Ahras et Annaba. Durant plus de 9 mois nous avons été présents sur le site de la cinémathèque, sur les réseaux sociaux et surtout sur sa chaîne youtube. À ce propos, nous avons diffusé 27 vidéos, dont 10 ont été réalisées par le CAC. Nous avons également diffusé sur le Net: 12 hommages, sept célébrations, neuf cycles; publié également 16 articles sur le site de la cinémathèque et posté 28 images d’archives de la Cinémathèque algérienne en hommage au cinéma algérien et mondial. Ce confinement nous a permis d’alimenter notre chaîne youtube, qui avait été crée le 3 juin 2019. La chaîne youtube de la Cinémathèque algérienne a partagé depuis sa création 47 vidéos pour une durée de 124 minutes. Des vidéos qui ont reçu 494 fois la mention «J’aime» dont 480 «J’aime» en 2020. Les spectateurs ont partagé nos vidéos 576 fois, engendrant 30500 nouvelles vues. Les spectateurs ont passé 25 896 minutes à regarder vos vidéos en 2020. La chaîne youtube a été plus productive à partir de mars 2020 à cause du confinement.

La numérisation des archives de la cinémathèque est un point crucial qui vous tient à coeur. Pourriez-vous nous en parler ? Effectivement, la programmation sur le Net, n’a pas été la seule activité à la Cinémathèque algérienne durant cette période. Cette longue pause nous a permis de restaurer les salles, d’organiser son l’administration et surtout de faire l’inventaire du patrimoine de la cinémathèque: Lister les films 35 et 16mm. Faire l’inventaire des photos de cinéma existant dans nos archives et surtout lister les affiches du cinéma algérien et étranger qui existent dans nos locaux. Pour l’heure, nous avons terminé l’inventaire de tout ce qui existe dans les locaux à Alger, mais il reste encore des films, des affiches et photos à inventorier au niveau des salles de Blida, Béjaïa et Tiaret. L’interdiction de circuler entre les wilayas et surtout le confinement, a un peu retardé cette opération. Car après cette opération de listing, nous allons commencer une opération plus importante mais très longue, la numérisation de nos archives. À mon sens, c’est la priorité pour la cinémathèque. Car nous sommes à l’ère de la numérisation, donc il est important de digitaliser tout notre patrimoine cinématographique. Une équipe a été installée au centre de documentation de la Cinémathèque au Debussy, avec comme mission prioritaire, la numérisation des photos, des affiches et des scénarios. La numérisation des archives filmiques et des films 35 et 16mm, sera également la grande priorité pour nous, car la Cinémathèque algérienne dispose du plus grand stock de films et d’archives cinéma en Afrique et dans le monde arabe. Le ministère de la Culture a accordé au Centre algérien de la cinématographie une aide financière pour l’achat d’équipement de numérisation cinéma, ce qui, à coup sûr, va faire de la Cinémathèque algérienne, un vaste musée du cinéma.

La ministre de la Culture et des Arts Malika Bendouda a donné instruction pour la réouverture des espaces culturels et des établissements relevant de sa tutelle, dont la cinémathèque. Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui et avez-vous d’ores et déjà établi un programme pour les mois à venir?L’annonce de la ministre de la Culture et des Arts est une très bonne chose. L’arrêt de l’activité culturelle durant plus de 8 mois a été terrible pour les créateurs et les artistes. En ce qui nous concerne, nous appréhendons cette ouverture. Pour le moment seuls les théâtres, les Maisons de la culture et les établissements de la culture vont ouvrir dans une première étape. Les cinémathèques vont ouvrir bientôt, une fois que le protocole sanitaire sera totalement terminé et validé. Il ne faut pas oublier que contrairement aux théâtres et aux Maisons de la culture, les salles de cinéma ouvrent pour le public quotidiennement avec deux et trois séances par jour, ce qui augmente le risque de contamination. Donc, nous devons rester vigilants et suivre les gestes barrières. Pour ce qui nous concerne, nous avons un programme prêt et toutes les équipes au niveau des 11 cinémathèques sont très motivées pour l’ouverture.

Certains films, dont l’avant-première se devait d’avoir lieu l’année dernière n’ont jamais pu être projetés, comptez-vous y remédier à cela prochainement?Dans sa mission de promotion du cinéma algérien, la cinémathèque a toujours été ouverte à la diffusion des films nouveaux, mais nous restons des diffuseurs et seuls les producteurs et surtout les distributeurs sont habilités à nous donner les films pour la diffusion. En tout cas, notre partenariat avec le Cadc reste actif et une fois que les salles de cinéma seront définitivement ouvertes, nous seront les premiers à accueillir ces nouveaux films.

O. HIND

00:00 | 16-01-2021

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