«Le nouveau projet culturel du Centre Pompidou» après les travaux 2023-2027 – RFI

Serge Lasvignes : Précisément, nous allons fermer en septembre 2023 et rouvrir dans le courant de l’année 2027, c’est-à-dire pour notre 50e anniversaire, avec toute la valeur symbolique qui va avec. Donc, je vous laisse faire le calcul.

Le Centre Pompidou-Paris est une locomotive pour la scène d’art moderne et contemporain. Après ces longues années de fermeture, comment le Centre Pompidou compte-t-il retrouver son rang ? Son concept aura-t-il changé ?

Cette fermeture va permettre de faire des travaux qui sont une garantie d’avenir. Il faut absolument éviter que le Centre Pompidou commence à avoir de vrais problèmes techniques, en matière de sécurité, etc. En plus, il faut éviter qu’il ait l’air un peu défraîchi ou de dater d’une autre époque. Il faut que ce soit un Centre Pompidou rutilant. Très important : ces travaux vont s’accompagner parallèlement d’une réflexion sur un nouveau projet culture pour le Centre Pompidou. Moi, j’ai d’ores et déjà travaillé sur les grandes lignes du projet. On y trouvera quatre composantes principales.

Premièrement, dans un contexte très concurrentiel, la volonté de mieux affirmer encore la personnalité du Centre Pompidou : la pluridisciplinarité, dans la collection, avec de l’architecture, du design, les arts plastiques, mais aussi avec sa bibliothèque, et l’institut musical, l’Ircam. Il faut apprendre à faire mieux travailler ensemble toutes ces ressources. Je parle aussi de personnalité, parce que le Centre Pompidou va être un centre engagé. On a défini des lignes d’engagement dans les domaines de l’égalité, du genre, de la protection du climat… On va travailler très sérieusement là-dessus.

Quel sera le deuxième axe stratégique ?

C’est de faire du Centre Pompidou, une « friendly house », c’est-à-dire un lieu où la relation avec le visiteur est transformée, plus conviviale, plus participative, plus chaleureuse. Ces travaux vont être notamment l’occasion d’aménager le Forum, la grande entrée du Centre Pompidou, et tous les espaces communs, afin que cela soit des vrais espaces de vie où l’on trouve à la fois de l’art et de l’activité.

Quel sera le troisième axe stratégique ?

C’est de faire en sorte qu’on se serve de la manière la plus intelligente possible du numérique. À la fois pour préparer la visite, pour continuer, après la visite, la relation avec le visiteur mais il y aura également le numérique pour produire de nouveaux objets. Vous verrez au mois de février une exposition intitulée Kandinsky, réalisée avec Google Arts&Culture. C’est une exposition d’un nouveau type. On ne s’est pas contenté de filmer une exposition réelle, mais on a fabriqué une exposition pour le numérique en utilisant les très riches archives que nous avons au Centre Pompidou sur Kandinsky.

Quel sera le quatrième axe stratégique ?

C’est être capable d’être un opérateur culturel global, c’est-à-dire de faire aussi du conseil, de l’ingénierie, au profit de tous ces nouveaux musées qui ouvrent sur tous les continents, savoir faire des expositions à l’étranger. Tout ceci doit être consolidé dans un projet global. C’est ce projet qu’on verra se développer quand nous rouvrirons en 2017.

Le numérique occupera donc une place très importante dans le nouveau projet culturel du Centre Pompidou. On connaît le budget pour les travaux, 200 millions d’euros. Quel est le budget prévu pour l’offre numérique pendant ces travaux ?

On n’a pas encore déterminé de budgets, ni pendant les travaux ni après. Ce qui est certain, c’est que cette période de fermeture va nous conduire à faire des réaffectations dans notre budget. Dans le fonctionnement, il y aura des dépenses qui vont énormément diminuer. Notamment toutes celles qui tournent autour des expositions, parce que pendant les travaux, on n’exposera pas dans le Centre Pompidou. On fera des partenariats avec d’autres institutions. Donc, il y aura un redéploiement de nos ressources qui va nous permettre de renforcer notre effort pour le numérique. Dès mon arrivée, j’ai fait du numérique une priorité. J’avais notamment demandé qu’on refasse le site internet qui était très intéressant par rapport à la profondeur et la numérisation des œuvres, mais que je ne trouvais pas apte d’entretenir une bonne relation avec le public. Il y a quelques mois, nous avons sorti un site tout neuf qui me paraît très prometteur. Nous y avons installé un magazine d’actualité qui peut continuer pendant la fermeture. Et nous allons profiter de cette fermeture pour nous lancer dans de nouveaux projets.

Par exemple ?

On a produit, par exemple, un serious game, un jeu vidéo pour la connaissance de l’art, qui a beaucoup de succès. On vient d’ouvrir un cours en ligne, un Mooc, sur les femmes dans la peinture, dans l’abstraction. On a déjà plus de 13 000 inscrits. Ce sont vraiment des choix d’avenir.

Comment allez-vous entretenir la relation physique avec votre public pendant la fermeture ? Le Grand Palais, pendant sa fermeture, va profiter d’un Grand Palais Éphémère installé au Champs-de-Mars. Y aura-t-il un Centre Pompidou Éphémère installé au centre de Paris ?

Ce qui est certain, c’est qu’il y aura une Bibliothèque publique éphémère pour notre Bibliothèque publique d’information (BPI), qui est en termes de capacité pour les usagers la plus grande bibliothèque de lecture publique à Paris. Pour elle, il faut y absolument trouver des locaux dans le centre de Paris. On est en train de chercher les 10 000 mètres carrés nécessaires. Pour le musée, les expositions, les spectacles, la priorité sera les partenariats. La priorité des priorités sera la décentralisation, c’est-à-dire des partenariats en province, avec les grandes institutions, les collectivités locales. Puis, nous sommes en train de nous installer à Massy, dans l’Essonne. Nous allons y installer non seulement des réserves, mais aussi un Centre Pompidou francilien, un lieu où l’on développera de nouvelles formes, un nouveau projet culturel pour des publics qui ne viennent pas forcément au centre de Paris.

Après, a-t-on besoin d’une adresse à Paris ? On est en train d’y réfléchir. Pour les expositions, est-ce vraiment nécessaire ? On peut travailler avec le musée d’Orsay, avec le musée du Louvre, avec le musée du Quai Branly, avec les musées de la ville de Paris. Il faut y réfléchir. De la même façon pour notre programmation de cinéma et de spectacles, ne pouvons-nous pas conclure de partenariats intéressants avec d’autres institutions ? Est-ce qu’il nous faut une ressource immobilière particulière quand même ? On est en train d’y réfléchir. La différence avec le Grand Palais, c’est que le Grand Palais Éphémère servira non seulement à des propositions culturelles, mais aussi à des manifestations à dominante commerciale.

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