Les ventes aux enchères à ne pas manquer : la sélection de la semaine de 1 500 à 80 000 euros

Que vous soyez collectionneur confirmé ou débutant, les ventes aux enchères offrent de nombreuses opportunités de satisfaire votre passion. Mais dans cette foule d’objets, œuvres d’art, meubles design ou pièces archéologique, il est souvent difficile de séparer le bon grain de l’ivraie. Connaissance des Arts vous a préparé le terrain en sélectionnant des lots phrases, trésors ou bonnes affaires, proposés dans trois ventes cette semaine. Au programme de ce guide hebdomadaire : du mobilier Louis XVI pour toutes les bourses, une idée déco pour table basse design et de mystérieuses figurines venues du Mexique.

1 500 à 50 000€ : Une farandole de sièges Louis XVI

Fragilisé par l’engouement pour le design et des affaires de faux très médiatisées, le marché du mobilier ancien est difficile à saisir. « Après la bulle spéculative des années 80-90, et le pic qu’a constitué la vente de la collection Riahi en l’an 2000, les prix sont revenus au niveau de ceux des années 50 ou 60 », commente l’expert indépendant Pierre-François Dayot. Les meubles courants ne trouvent pas toujours preneur, mais les pièces de qualité sont toujours appréciées, donc chères.
Exemples dans la belle vente classique Ader du 29 janvier, où figurent plusieurs modèles de sièges d’époque Louis XVI. Un lot de six chaises à dossier en cabriolet (incurvé) n’est estimé que 1500/2000 €, soit nettement moins qu’une série de chaises de belle facture d’un grand nom du design… Les prix augmentent selon le gabarit du siège et sa finition. On monte donc d’un cran avec cette paire de fauteuils « à la reine » (à dossier plat), parvenue dans son jus et attendue entre 4000 € et 6000 €, qui a pour elle « ses proportions généreuses et la double mouluration de sa ceinture ».

Ill: Paire de fauteuils à dossier plat, époque Louis XVI, en hêtre peint, H.96 cm, estimée 4000/6000 €, mise en vente à Drouot le 29 janvier par Ader - Nordmann & Dominique ©Ader

Ill: Paire de fauteuils à dossier plat, époque Louis XVI, en hêtre peint, H.96 cm, estimée 4000/6000 €, mise en vente à Drouot le 29 janvier par Ader – Nordmann & Dominique ©Ader

Encore plus beau et infiniment plus rare, ce grand fauteuil de Georges Jacob doté de sa dorure d’origine, estimé 30 000/50 000 €. « 90% des sièges étant peints sous Louis XVI, les modèles en bois doré se situaient au sommet de la hiérarchie », rappelle l’expert. De plus, il est estampillé Georges Jacob, menuisier mythique de l’époque néoclassique, et fait partie d’un ensemble de sièges répertorié, dont quatre fauteuils appartenant au Mobilier national sont en dépôt au Palais de l’Elysée. Certains portent encore, sur une étiquette, la mention « Sallon de Monseigneur », ce Monseigneur étant généralement identifié comme le Comte d’Artois, frère de Louis XVI, bâtisseur de Bagatelle et futur Charles X.

Grand fauteuil de Georges Jacob à dossier plat, époque Louis XVI, bois doré, vers 1785, H. 101 cm, estimée 30 000/50 000 €, mise en vente à Drouot le 29 janvier par Ader- Nordmann & Dominique ©Ader

Grand fauteuil de Georges Jacob à dossier plat, époque Louis XVI, bois doré, vers 1785, H. 101 cm, estimée 30 000/50 000 €, mise en vente à Drouot le 29 janvier par Ader- Nordmann & Dominique ©Ader

Les amateurs de meubles fastueux trouveront dans la même vente une commode Louis XV de Charles Cressent à crosses et chutes de fleurs, variante du célèbre modèle « à palmes ». Malgré son fond remplacé à une date ultérieure et l’absence du C couronné sur deux bronzes (changés à la fin du XVIIIe ?), elle devrait dépasser allègrement son estimation prudente de 60 000/80 000 €.

2 000 à 15 000€ : Prouvé-Ruelland, le duo gagnant

Ceci n’est pas une table basse, devrait préciser le catalogue de la vente Piasa de design du 28 janvier. « Elle a plutôt les proportions d’une console, précise l’expert Paul Viguier, et serait parfaite en table d’entrée pour exposer des objets d’art. » Il s’agit en effet d’une table de présentation de Jean Prouvé, architecte et décorateur cofondateur en 1930 de l’Union des Artistes Modernes (UAM), créé vers 1945 pour le « showroom » de la cristallerie Daum à Nancy. D’où son nom, Cristallerie, et le rebord du plateau, qui permettait de protéger les vases et autres pièces fragiles. « C’est un modèle rare, réalisé en une dizaine d’exemplaires seulement, qui se situe à un tournant de la carrière de Prouvé mais qui a, grâce à son bois blond et son piétement en tôle d’acier plié et laqué doré, une douceur, un caractère décoratif que l’on ne trouve pas dans la plupart de ses meubles. Elle est estimée 10 000/15 000 € et intéressera donc à la fois les amateurs de Prouvé et les fidèles du « goût Piasa », qui cultivent un art de vivre typiquement parisien. »

Ill:  Jean Prouvé, table dite "Cristallerie", chêne et tôle d'acier pliée laquée, 80x160x100 cm, estimée 10 000/15 000 €, mise en vente le 28 janvier par Piasa à Paris. ©Piasa

Ill:  Jean Prouvé, table dite « Cristallerie », chêne et tôle d’acier pliée laquée, 80x160x100 cm, estimée 10 000/15 000 €, mise en vente le 28 janvier par Piasa à Paris. ©Piasa

Sur le plateau, on pourrait poser des vases de Jaques & Dani Ruelland, couple de céramistes qui connut un grand succès dans les années 60, et dont les amateurs de design collectionnent aujourd’hui les productions. « Nous vendons 42 pièces d’une collection particulière. Parmi elles, des bouteilles, qui sont les plus recherchées, et des pièces à la finition mate, plus cotées que les pièces émaillées. » Côté couleurs, il y en a pour tous les goûts. Les vases boule et les bouteilles ont été assemblées par lots en beaux camaïeux de gris et bleu, d’orange et jaune ou, plus audacieux, avec des mélanges de vert et orange, très Sixties… Les estimations sont abordables : 2000/3000 € pour trois vases émaillés, jusqu’à 3000/4000 € pour trois bouteilles à finition mate. La cote de Ruelland est encore en phase ascendante, nous dit l’expert. Il est donc encore temps d’acheter.

Jacques & Dani Ruelland, cinq soliflores en céramique émaillée, vers 1960, H. 30 cm, 12 cm, 11,5 cm, 12,5 cm et 8 cm, estimés 3000/4000 €, mis en vente le 28 janvier par Piasa à Paris. ©Piasa

Jacques & Dani Ruelland, cinq soliflores en céramique émaillée, vers 1960, H. 30 cm, 12 cm, 11,5 cm, 12,5 cm et 8 cm, estimés 3000/4000 €, mis en vente le 28 janvier par Piasa à Paris. ©Piasa

1 500 à 60 000€ : Les mystérieuses figures Guerrero

La statuaire Guerrerro du Mexique est encore nimbée de mystère, mais avec ses formes primitives, qui lui valent souvent d’être rapprochée des idoles des Cyclades, elle a une portée universelle et s’accorde à merveille à l’art moderne ou au mobilier contemporain. Comme le rappelle l’expert Jacques Blazy, André Breton appréciait ces objets : plusieurs figurent même dans le « mur » de son atelier de la rue Fontaine conservé au Centre Pompidou. Tristan Tzara aussi, ainsi que, plus tard, le sculpteur Henry Moore.
« Pourtant à leur époque, ces cultures, Mezcala et Chontal, n’avaient pas encore de noms, et on ignorait à quelle période elles s’étaient développées. On les situe aujourd’hui au Préclassique récent, entre 300 et 100 avant J.-C. La forme des figures debout dérive des haches en pierre que l’on utilisait alors, et leur crâne est inachevé. Peut-être est-ce un symbole ésotérique ou, plus prosaïquement, le signe de leur utilisation en tant que pilons dans des mortiers. On en a retrouvé des centaines dans les fouilles du Templo Mayor de Mexico en 1978, également dans des sépultures abritées sous des maisons, ce qui laisse penser qu’ils seraient les balbutiements d’une religion, mais on n’en sait pas plus. » 

Figure debout Chontal, État de Guerrero, Mexique, Préclassique récent, 300-100 av. J.-C.,diorite vert clair, H. 34 cm, estimée 50 000/60 000 €, mise en vente à Drouot le 29 janvier par Binoche et Giquello. ©Binoche et Giquello

Figure debout Chontal, État de Guerrero, Mexique, Préclassique récent, 300-100 av. J.-C.,diorite vert clair, H. 34 cm, estimée 50 000/60 000 €, mise en vente à Drouot le 29 janvier par Binoche et Giquello. ©Binoche et Giquello

La vente orchestrée le 29 janvier par Binoche et Giquello en comprend toute une série qui provient d’une collection privée française. La provenance est capitale pour ces pièces, puisqu’elle les met à l’abri d’éventuelles réclamations du Mexique.
Leur prix dépend de la beauté de leur sculpture et de leur format. Parvenues en assez grande quantité, les petites pièces sont accessibles : entre 1500 € et 3000 € pour les figurines d’une dizaine de centimètres, plutôt entre 4000 € et 7000 € pour les modèles de 15 à 20 centimètres. « Au-delà de 27 ou 28 centimètres, précise Jacques Blazy, les prix s’envolent car les pièces sont très rares. » C’est le cas de cette belle figure Chontal, aux traits plus expressifs que les pièces Mezcala, haute de 34 centimètres et estimée 50 000/60 000 €. Elle affiche en plus un beau pedigree : elle a appartenu à Hélène Leloup, célèbre historienne de l’art et marchande d’arts primitifs. Tout pour plaire.

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