Mucha : l’Épopée slave, chef-d’œuvre du maître de l’Art nouveau, bientôt exposée au cœur de Prague

Les vingt toiles monumentales qui constituent L’Épopée slave (1911-1928) d’Alfons Mucha étaient exposées au Palais des foires de Prague depuis 2011. Dans cinq ans, le cycle sera exposé de façon définitive dans le nouveau complexe Savarin, un vaste projet de réhabilitation du centre historique de Prague imaginé par le designer anglais Thomas Heatherwick. Ce nouveau lieu d’exposition, qui doit ouvrir ses portes en 2026, mettra en regard les toiles du maître, des études, des croquis, des photographies et différents documents d’archives. Il sera « comparable, dans son concept, au musée Van Gogh d’Amsterdam », affirme John Mucha, président de la Fondation Mucha et petit-fils de l’artiste.

La fin d’un combat

Le conseil municipal de la Ville de Prague a enfin trouvé un lieu d’exposition permanent pour ces 20 tableaux de 8 mètres sur 6 chacun. En faisant don de L’Épopée slave à la Ville de Prague en 1928, après 17 ans de travail, Mucha avait exigé que l’œuvre, qui retrace l’histoire du peuple slave, soit hébergée dans un lieu conçu en son honneur. L’artiste rêvait d’un bâtiment circulaire d’une centaine de mètres de diamètre, renouant avec les panoramas du XXe siècle.

Mucha travaillant au cycle de l'Epopée slave, 1920 ©Wikimedia Commons

Mucha travaillant au cycle de l’Epopée slave, 1920 ©Wikimedia Commons

Longtemps entreposé au château de Moravský Krumlov, en Moravie-du-Sud, puis dans un immeuble de l’époque communiste, le cycle ne reçut jamais la demeure promise par la municipalité. Au point qu’en 2016, John Mucha, qui s’oppose au prêt des œuvres pour une tournée de deux ans en Asie, revendique la propriété de ces dernières estiment que la Ville de Prague, n’avait pas respecter les termes du contrat passé avec son aïeul. Plusieurs procès plus tard, un accord concernant le devenir de ce gigantesque ensemble a, semble-t-il, enfin été conclu le 11 janvier 2021. « Si tout se passe comme prévu », le procès pourrait être suspendu, assure l’héritier.

Un nouveau lieu dans le cœur historique de Prague

Les vingt toiles seront donc exposées ensemble dans un nouvel espace d’exposition conçu par le studio anglais Heatherwick, dont le monumental Vessel de New York a récemment dû être fermé après trois suicides. Ce musée-écrin prendra place dans le vaste complexe imaginé par l’architecte pour rénover un site historique de Prague qui se développe autour de la Place Venceslas et du Palais Savarin (ou Palais Sylva-Taroucca), monument baroque qui abrite actuellement un casino. Acquis par la municipalité de Prague en 1911, le palais a également accueilli, à l’emplacement de ses anciens jardins, le Café Savarin.

L'Epopée slave présentée au palais des foires et expositions (Veletržní palác) depuis 2011 ©Wikimedia Commons/Jiří Sedláček

L’Epopée slave présentée au palais des foires et expositions (Veletržní palác) depuis 2011 ©Wikimedia Commons/Jiří Sedláček

Se développant sur 15 000 m², ce projet prévoit également la création de passages et de cours ainsi que d’espaces commerciaux et de bureaux. Simon Johnson, directeur du Crestyl Group, en charge du développement du projet Savarin, ne dévoile pas le budget du projet mais promet un financement intégral du lieu d’exposition de l’œuvre : « Nous nous engageons à couvrir l’ensemble des frais relatifs à la construction de l’espace d’exposition, mobilier inclus ». La Ville de Prague n’aura donc aucun coût à assumer pour la création du lieu et pourra, en outre, bénéficier des recettes de la billetterie. En attendant l’ouverture du site Savarin, les vingt toiles seront de nouveau présentées à Moravský Krumlov.

Réalisme fantastique

Les vingt tableaux de L’Épopée slave, commencée en 1911, sont on ne peut plus éloignés de l’image qu’on se fait habituellement d’un Mucha Art Nouveau, auteur d’affiches où de charmantes créatures vantent le papier à cigarette JOB ou les cycles Perfecta. Ils s’inscrivent pourtant dans une série d’œuvres qui ont permis à l’artiste de développer une vision « réaliste fantastique » prenant racine dans le symbolisme de la fin du XIXe siècle. Dès 1892, l’éditeur Armand Colin lui propose de collaborer à l’édition illustrée des Scènes et Épisodes d’Allemagne de Charles Seignobos, pour laquelle Mucha conçoit des images pittoresques et contrastées, où l’histoire rejoint le mythe et l’héroïque se mêle au sinistre.

Alfons Mucha, Introduction de la liturgie slave, L'Epopée slave, 1912, huile et tempera sur toile, 610 x 810 cm, villa de Prague ©Wikimedia Commons

Alfons Mucha, Introduction de la liturgie slave, L’Epopée slave, 1912, huile et tempera sur toile, 610 x 810 cm, villa de Prague ©Wikimedia Commons

C’est à New York, en 1905 que l’artiste rencontre Charles R. Crane, riche industriel, lors d’un banquet slavophile. Très proche de Tomas Mazaryck, futur président de la République tchèque, celui-ci lui fait rencontrer Woodrow Wilson, futur président des États Unis. Lors de leurs discussions le projet de L’Épopée slave s’affirme et, en 1909, Charles Crane lui promet de financer le projet de vingt gigantesques tableaux de huit mètres par six, soit près de mille mètres carrés de toiles peintes. L’enthousiasme de Mucha est clair : « Je voudrais que ce soit un hymne énorme une épopée solennelle, quelque chose qui n’a pas encore été vu. »

Alfons Mucha, L'Apothéose des slaves, L'Epopée slave, 1926-1928, huile et tempera sur toile, ville de Prague ©Wikimedia Commons

Alfons Mucha, L’Apothéose des slaves, L’Epopée slave, 1926-1928, huile et tempera sur toile, ville de Prague ©Wikimedia Commons

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