Les premiers libraires de Florence, humanistes avant l’heure – Actualitté

Entre King et Vespasien, un lien s’est tissé à travers les époques : surtout quand le Canadien découvre que l’on qualifiait Vespasien de « libraire préféré de Cosmes de Médicis ». Mais en 1400, que signifie donc d’être libraire, et de consacrer sa vie à la culture écrite ? Voici comment se dessine alors un portrait de Vespasiano da Bisticci (1421-1498), devenu l’un des plus grands libraires-imprimeurs de son temps – voire, comme on l’a surnommé, « rei de li librari del mondo », roi des libraires du monde.

Quelques pas dans Florence

En ces temps, les affrontements entre Médicis et Pazzi, deux clans rivaux, mettaient régulièrement une drôle d’animation dans la ville. Au sein de ces affrontements, Vespasien fera prospérer une entreprise, dont le carnet d’adresses allait des papes aux empereurs, quelques ducs, ou encore des aristocrates de premier ordre. De quoi, par ailleurs, produire des biographies, avec des sources primaires de qualité sur ces figures.

Avec le temps, il a également aidé les bibliothèques à s’approvisionner en ouvrages portant sur les grands de ce monde — outre les Médicis, on retrouve le pape Nicolas V, Alphonse de Naples et Federico da Montefeltro, entre autres. Mais également des éditions sur vélin, portant la marque de Cicéron, Quintilien ou encore Platon. Car l’intention du marchand n’était pas tant de plaire à ses clients que de collecter les traces et témoignages de sagesse venus du monde antique — et lutter conséquemment contre la corruption qui menaçait la ville, autant que la violence qui y sévissait.

Inciter les grands à la tempérance, en les nourrissant de textes philosophiques… un objectif humaniste bien avant l’heure de la Renaissance, justement. Et King le souligne à Review of Books : « Collecter ces anciens textes n’était pas un signe d’antiquarisme pittoresque, pour Vespasien. Il ne concevait pas le passé en tant que tel : il croyait que la récupération de ces livres anciens aiderait à réparer le présent. Et lorsque la société s’est extirpée du XIVe siècle, tout le monde a cherché à s’enrichir, et avait donc besoin de modèles. »

La Rome et la Grèce antiques fournissaient la matière, et si Vespasien (en illustration ci-dessous) est demeuré, ils furent nombreux, comme lui, à chercher ces œuvres.

Rise and fall…

Mais, pas de grand homme sans un grand destin — et l’on imaginerait volontiers que le marchand de papier ayant fait fortune, sa bonne étoile l’aurait abandonné, le plongeant dans la plus grande misère. Il n’en fut rien. On le sait, quelques années après la naissance de Vespasien, un Allemand né à Mayence va s’attribuer le mérite d’une invention révolutionnaire. Cette dernière sera en mesure de reproduire les livres, à plus grande vitesse que la copie opérée par les moines.

Ainsi, en 1453, Vespasien a une trentaine d’années, et Gutenberg surgit, avec son imprimerie. D’ailleurs, si elle a marqué la fin d’un monopole sur la vente de manuscrits, que dominait Vespasien, elle n’a pourtant pas ruiné son commerce – pas immédiatement.

En effet, les deux formats, souligne Ross King, ont cohabité, finalement comme l’imprimé, l’audiolivre et l’ebook aujourd’hui parviennent à vivre ensemble. Et si l’avenir a fini par donner raison à Gutenberg, nous sommes encore loin de cette résolution pour l’instant. Surtout que cette bascule se fit bien après la mort de Vespasien, accentuée par la raréfaction des mécènes illustres. Laurent le Magnifique, dédaigneux des livres imprimés, restera l’un de ces financeurs. Or, le snobisme n’a jamais mené bien loin… et le projet humaniste porté par Vespasien et les siens finira par se heurter à un mur. Déception.

Par la suite, des incendies, des destructions, ont ravagé les collections : les reliures précieuses arrachées, pour laisser des textes moins intéressants aux yeux des pillards… Si demeurent les biographies que Vespasien fit rédiger, ce travail d’archiviste et de libraire, certainement, forgea durablement l’esprit de la Renaissance. L’espoir d’une société rendue meilleure par des citoyens instruits et lecteurs n’est probablement pas si désuet ni passé de mode.

Dans aucun de ses livres, il n’aurait pu prédire que plus de 500 ans après sa mort, les peuples attendent toujours ces dirigeants éclairés…

crédits illustrations : Ponte vecchio, de PROPOLI87, CC BY SA 4.0 ; Vespasiano da Bisticci, portrait dans le livre Vita di Giannozzo Manetti

Des siècles avant que les livres pop up ne déferlent sur le monde, des auteurs et éditeurs tentaient de créer du mouvement au sein des ouvrages. La Cosmographia du mathématicien Peter Apian proposait déjà au XVIe siècle une impressionnante mappemonde mobile pour mieux rendre compte du mouvement des planètes.

Un exemplaire datant de 1914 de Kidnapped !, le classique de Robert Louis Stevenson, a retrouvé les rayons de sa bibliothèque d’origine après plus d’un siècle de pérégrinations. L’ouvrage contenait des dessins et des inscriptions du premier propriétaire, un certain J. Earl Ackroyd, ce qui a permis de remonter la piste de sa famille.

Dans la bibliothèque du bibliophile Henri Clarac, décédé en 2017, se croisaient de nombreuses figures intellectuelles du XXe siècle. Parmi elles, François Mauriac et André Gide, dont le libraire Henri Vignes a réuni les œuvres dans deux catalogues. Éditions originales et documents autographes y sont présentés, vendus à l’unité pour des montants qui vont de 50 à 6000 €.

Qui veut la peau de Chaucer ? Geoffroy, de son petit prénom, naquit vers 1340 et mourut une soixantaine d’années plus tard. Auteur britannique, il nous a légué les Contes de Canterbury, devenant par la suite l’un des grands poètes de l’époque médiévale britannique. Or, l’époque travaillant d’arrache-pied à l’aseptisation culturelle (et intellectuelle), voici que le bon poète entre en disgrâce. Un comble ?

Ecrit durant une période d’instabilité politique, le « Shahnameh » ou Le Livre des Rois, est une œuvre persane vieille de quelque 800 ans. Une épopée qui raconte, en une séries d’histoires, les vies des rois iraniens jusqu’à la conquête arabe de l’Iran. Des versions de cet ouvrage, complètes ou parfois incomplètes, sont conservées en Italie, au Royaume-Uni, mais surtout en Iran, où le « Shahnameh » est aujourd’hui encore très apprécié des lecteurs.

À la suite d’un 14 juillet qui s’est conclu, comme chaque année, par un feu d’artifice mémorable, quoi de mieux que de plonger dans l’histoire de ce spectacle pyrotechnique ? Au Japon, la bibliothèque de la ville de Yokohama propose de découvrir les pages d’une série de catalogues publicitaires pour des feux d’artifice, datant du XIXe siècle.

Le ministère de la Culture annonce l’acquisition par l’État de manuscrits littéraires majeurs qui entrent dans les collections de la BnF à la suite de leur classement comme « Trésors nationaux ». Une partie des écrits de Sade et de Breton s’apprête ainsi à rejoindre les étagères de la Bibliothèque, aux côtés d’autres grandes figures de la littérature française.

La Bibliothèque nationale de France avait reçu un don de 500 dessins originaux du dessinateur de presse Plantu, connu pour sa très longue collaboration avec le journal Le Monde. L’établissement n’a pas perdu de temps, et présente la numérisation de l’ensemble de ces archives, désormais accessibles sur la plateforme Gallica.

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