Des stratégies d’anticipation pour une économie de marché à finalité sociale – La Nouvelle République

Force est de reconnaître et l’expérience sanitaire récente le montre clairement, mais cela concerne maints domaines, comme l’économie, les catastrophes naturelles, tâtonnant au jour le jour par manque d’anticipation, essayant de résoudre les problèmes, après coup, rendant urgent la planification stratégique. Certains responsables découvrent la situation de leurs secteurs, en lisant la presse ou en regardant la télévision. Pour mobiliser la population, s’imposent un discours de vérité et le renouveau du système de communication, loin de la propagande qui a un effet démobilisateur, devant distinguer le marketing économique, social, culturel politique et sécuritaire. Cette présente contribution, d’une brûlante actualité est une réactualisation d’un chapitre consacré à la communication en faveur des réformes, de l’ouvrage collectif sous ma direction ayant réuni anthropologues, politologues, sociologues et économistes, paru en 2005 à Casbah Edition (deux ouvrages 560 pages) sous le titre : Réformes et Démocratie.

1- Le rôle de l’intellectuel ou de tout cadre de la nation crédible n’est pas de faire des louanges en contrepartie d’une rente, contre productif pour le pouvoir lui-même mais d’émettre des propositions opérationnelles privilégiant les intérêts supérieurs de la Nation. A une question comment reconnaissez-vous un bon personnage politique, Churchill avait répondu : «Même s’il reste en conversation avec moi, plus d’une heure, je ne saurai pas s’il a dit oui ou non». Dans ce contexte avec le nouveau système de communication où tout est enregistré, un politique doit être réservé, ne jamais s’aventurer à faire des promesses qu’il ne pourra pas tenir, s’il veut conserver sa crédibilité auprès de la population qui a en mémoire ses promesses. Il faut que les responsables politiques, à tous les niveaux, se présentent avec la modestie qu’exigent l’imaginaire et le mental algérien, sans tomber dans le populisme médiatique qui serait alors contre productif. Car l’opinion publique nationale se ligue normalement autour de la femme ou l’homme rassembleur, capable de lui réaliser un certain accomplissement, pouvant féconder la matrice qui forge la mobilisation populaire, sous réserve de la moralité car les Algériens et en dépit des apparences, sont attachés à leur passé et aux défis de leur présent. Dans ce contexte, il faut mettre en exergue la détermination à approfondir les réformes et l’alternance démocratique, qui aura pour but une vie meilleure au profit des générations présentes et futures. La population algérienne ne demande pas l’impossible mais que les responsables doivent résolver, à la fois, leur quotidien mais préparer également l’avenir de leurs enfants en planifiant des registres d’engagements, renvoyant à la gouvernance : lutter contre la corruption facteur de démobilisation et la mauvaise gestion car entre 2000 à fin-2019, l’Algérie a engrangé plus de 1 000 milliards de dollars en devises (98% provenant de Sonatrach avec les dérivés), une importation en biens et services dépassant les 950 milliards de dollars, sans compter les dépenses en dinars pour un taux de croissance dérisoire (23%), en moyenne annuelle, alors qu’il aurait dû dépasser les 9/10% avec un taux de croissance négatif de 6% en 2020 et qu’en sera-t-il en 2021 avec la paralysie de l’appareil de production et les dépenses pour l’assainissement financier des entreprises publiques économiques selon les données du Premier ministère, reprises par l’APS, le 1er janvier 2020, 250 milliards de dollars ont été dépensés durant les 30 dernières années, plus de 80% étant revenus à la case de départ ; lutter contre le terrorisme bureaucratique central et local, néfaste par la numérisation de tous les secteurs qui enfantent la sphère informelle et la corruption. Comme note avec pertinence, un philosophe du XIXe siècle, à propos de ce fléau, le but du bureaucrate est de donner l’illusion d’un gouvernement même si l’administration fonctionne à vide, en fait de gouverner une population infime en ignorant la société majoritaire, avec une triple conséquence : 1re conséquence : une centralisation pour régenter la vie politique, sociale et économique du pays ; 2ème conséquence : l’élimination de tout pouvoir rival au nom du pouvoir bureaucratique, 3ème conséquence : la bureaucratie bâtit, au nom de l’Etat, des plans dont l’efficacité sinon l’imagination se révèle bien faible ; la prise en charges des doléances du Sud pour l’obtention d’emplois et bien entendu de la majorité des autres wilayas, touchées par le chômage qui selon le FMI, en 2021, dépassera les 15% dont plus de 30% pour les catégories de 20/40 ans, y compris les diplômés ; mettre fin à l’urbanisation anarchique, travaux mal faits, faute d’une véritable politique d’aménagement du territoire, le problème du logement souvent livré sans VRD, des infrastructures défectueuses, les malades dans les hôpitaux avec un système de santé à revoir, une baisse de niveau de l’Education ; corriger, tout le système financier (douane, fiscalité, domaine, banques publiques qui accaparent plus de 85% des crédits octroyés) de simples guichets administratifs, l’épineux problème du foncier urbain et agricole ; étant un devoir de solidarité, intégrer les communautés marginalisées dans le pays profond, la pénurie d’eau qui engendre des maladies , les coupures d’électricité, corriger le dérapage du dinar, une des sources avec la faiblesse de la productivité de l’inflation des produits essentiels, les points noirs de circulations, négocier les facilités d’obtention des visas dans les conditions qui garantissent la dignité des Algériens en n’oubliant pas la diaspora, par la défense des Algériens vivant à l’étranger, impliquant un renouveau de la gestion des ambassades bureaucratisées, qui doivent donner une autre image positive de l’Algérie, les projets devant entrer dans les avantages comparatifs euro-méditerranéens et africains qui constituent les espaces naturels de l’Algérie;

2- De grands bouleversements géostratégiques et une recomposition du pouvoir mondial, avec une nouvelle division internationale du Travail s’annoncent entre 2021/2030. Les contextes mondiaux font qu’aucun état aussi puissant soit-il n’est maître à 100% de son développement, les choix stratégiques dépassant les jeux purement nationaux. L’égalité ne saurait signifier populisme, rendant urgent de revoir la politique des subventions généralisées, source d’injustice sociale, devant être ciblées, représentant 23,7% du budget général de l’Etat et 9,4% du PIB pour l’exercice 2021 intenables dans le temps, nécessitant une mutation de l’Etat providence. L’universalité de la justice n’existant pas, dépendant du moment daté et du mouvement historique, une société dynamique en forte croissance offrant des espoirs individuels plus grands en tolérant certaines inégalités qu’une société dont l’économie est en stagnation, où l’avenir est incertain. Ainsi, la justice sociale qui ne recoupe pas l’égalitarisme est une condition de l’efficacité globale de l’économie, mais devant identifier les inégalités qui doivent être combattues (inefficaces et injustes) et trouver le niveau acceptable d’inégalités nécessaire pour assurer le dynamisme de l’économie, favoriser le couple : flexibilité du marché du travail et la nécessaire cohésion sociale à travers l’action ciblée de l’Etat régulateur. L’action principale consistera à introduire l’initiative économique de tout le monde et les capacités entrepreneuriales, caractérisées par les prises de risques économiques afin d’accroître la valeur ajoutée et donc la croissance économique, la solution la plus sûre étant de s’appuyer sur la qualification des salariés qui va de pair avec la spécialisation de l’économie. L’avenir est dans les gisements importants d’emplois sur les activités de services, des emplois de proximité, ce qui implique le développement important dans les années à venir des services marchands avec l’élévation du niveau de qualification. Ainsi, l’Etat régulateur tout en ne se substituant pas au marché, édicte les règles de jeux et les fait respecter par l’ensemble des acteurs économiques et sociaux grâce au dialogue social.

3- Aussi, sans un retour à la confiance, impliquant une visibilité dans la gouvernance, un système de communication officiel transparent, tant en direction des citoyens , des investisseurs nationaux et internationaux et des stratégies d’adaptation au nouveau monde, en perpétuel changement, il ne faut pas être utopique, point de développement ave des conséquences dramatiques sur le plan socio-économique et sécuritaire (voir l’interview du Pr Abderrahmane Mebtoul, au quotidien gouvernemental ‘Horizon 8/8/2021: actions du gouvernement, rétablir d’abord la confiance Etat-citoyens). Au vu des expériences récentes, les impacts du réchauffement climatique, l’épidémie du coronavirus, les innovations technologiques, en perpétuelles évolutions, dont la transition numérique et énergétique, auront une influence sur nos comportements, sur la nouvelle structure des taux de croissance et la structure de l’emploi, les générations futures étant appelées à changer plusieurs fois d’activités, nécessitant à la fois, une haute qualification adaptée et une formation permanente. Le concept de crise qui doit être appréhendé dans sa véritable dimension historique et en dynamique, le monde étant en perpétuel mouvement. La crise que traverse l’Algérie, doit se hisser au niveau de la crise du monde et ne pas rester une crise de société bloquée faute de perspectives pour l’avenir d’une population et surtout d’une jeunesse angoissée et même très angoissée par les assauts de la nature, par la violence humaine et les déchéances sociales et économiques. La communication rénovée doit trouver des réponses réelles qui répondent en priorité à ces angoisses. Cette crise ne concerne pas seulement l’Algérie, mais le monde entier qui est, aujourd’hui, traversé par une crise des pouvoirs, d’identité avec des traumatismes sociaux, comme le montre le désintérêt vis-à-vis des partis et des sociétés civiles traditionnelles, lors de différentes élections, conséquence de la marginalisation croissante de larges pans de la société et de la dominance de la sphère financière sur la sphère réelle. Or, il faut redonner l’espoir en l’avenir afin que les Algériens s’impliquent car, les réalisations futures sont à leur portée. Aussi, sous réserve d’une nouvelle gouvernance, par la libération de toutes les énergies créatrices, l’exploitation de la crise sanitaire et économique peut être salutaire, si elle est perçue comme un demi-mal, et si elle permet une dynamique qui impliquerait les citoyens, afin de faire face aux grands défis, es expériences historiques montrant que les populations fondent leur adhésion sur un projet de société fondé sur la tolérance, la diversité sociale et culturelle. Cela renvoie au concept de la citoyenneté qui ne doit pas rester, aux yeux de la population, comme un modèle importable, existant un lien dialectique entre la tradition et la modernité, ne devant jamais renier notre riche patrimoine historique et culturel (voir expérience des pays de l’Asie comme le Japon, la Malaisie ; ou la Chine) mais adapter nos politiques économiques, sociales, culturelles, sécuritaires et militaires au mouvement du nouveau monde. La rationalité comme l’ont montré deux grands philosophes allemands : Hegel et Kant étant relative et historiquement datée et pour reprendre les propos du prix Nobel, l’économiste indien, A. K. Sen, toute action démocratique doit tenir compte des anthropologies culturelles spécifiques à chaque société. En résumé, nous avons une population merveilleuse, y compris la diaspora, qui a fait preuve, aux moments où la Nation est en danger, tant par le passé que par le présent, comme récemment, avec cet immense élan de solidarité. Dans ce cadre, rendons hommage à notre corps médical qui se mobilise pour sauver des vies. Aussi évitons toute sinistrose, sous réserve d’un renouveau de la gouvernance tant centrale que locale, l’Algérie, acteur stratégique de la stabilité de la région méditerranéenne et africaine, a toutes les potentialités pour devenir un pays pivot. Par Abderrahmane Mebtoul

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