Le Dernier train de Gun Hill : le test complet du Blu-ray – Dvdfr

Plastiquement, c’est le second western tourné par Sturges utilisant le procédé VistaVision associé au Technicolor, après Règlement de comptes à O.K. Corral ( Gunfight at the O.K. Corral, USA 1957). Le résultat est spectaculaire, pas seulement en extérieur (la forêt du viol et les stupéfiantes profondeurs de champ autour du ranch de Belden) mais aussi en intérieur : la monumentale salle à manger de Belden, exhibant des râteliers contenant des dizaines de carabines à levier de sous-garde, des trophées animaux accrochés sur les murs : sa surcharge produit un effet baroque mais en même temps inquiétant. Effets spéciaux signés John P. Fulton : ce nom est toujours lu avec intérêt par ceux qui connaissent sa contribution technique à l’âge d’or 1931-1945 du cinéma fantastique américain. Fulton a probablement réglé ici certains effets durant les brefs mais impressionnants plans d’incendie. Le dialogue mentionne Dodge City, ce qui pourrait laisser penser que l’action se situe dans la région du Kansas. Il faut cependant savoir que les paysages furent, en réalité, filmés en Arizona ; les extérieurs de la rue principale de Gun Hill le furent, pour leur part, dans les studios Paramount.

Thématiquement, c’est un western relevant de la catégorie « pour adultes » du genre, pas un de ceux que les enfants visionnaient en projection le samedi matin. Le critique et historien américain Leonard Maltin a raison de remémorer cette distinction, totalement ignorée par la critique française qui lui préfère les savantes dissertations d’André Bazin sur les rapports entre western et « sur-westerns ». Il n’est pourtant pas inutile de connaître les deux classifications pour bien prendre la mesure du genre. Le scénario (signé James Poe, adapté d’une histoire originale de Les Crutchfield intitulée Showdown) aurait été dialogué par Dalton Trumbo non crédité car encore sur « liste noire » : Sturges aimait beaucoup les dialogues mais n’aurait appris que bien après la réalisation qu’ils avaient été écrits par Trumbo. On pourrait d’ailleurs voir, même sans cette information, dans les séquences où Morgan comprend que personne à Gun Hill ne l’aidera contre Belden, une assez claire allusion à la situation symbolique du shérif joué par Gary Cooper dans Le Train sifflera trois fois ( High Noon, USA 1952) de Fred Zinnemann qui était une dénonciation en temps réel des effets sociologiques de la liste noire. Ici, le fait que le train arrive à 21H dans le titre de 1958 au lieu de midi dans le titre de 1952 permet d’augmenter naturellement la tension, à mesure que la nuit tombe, que l’étau semble se refermer encore plus durement sur Morgan. La virulence de l’histoire repose enfin, et au fond surtout, sur le rapport névrotique et violent père-fils des Belden (thème psychanalytique oedipien plusieurs fois traité dans le cinéma américain classique, y compris par le western) tous deux très bien joués par Anthony Quinn et Earl Holliman (qui ressemble assez à l’acteur Don Murray). Névrose, démesure, folie sont des éléments constitutifs des meilleurs westerns américains lorsqu’ils deviennent inspirés par la tragédie antique grecque : la preuve en est, ici, à nouveau admirablement administrée.

L’interprétation est de premier ordre : outre les trois stars Kirk Douglas aussi co-producteur (bien qu’il soit uniquement crédité comme acteur), Anthony Quinn et la sexy Carolyn Jones dont cette période est l’âge d’or, signalons la belle Ziva Rodann dans le rôle de l’indienne, sans oublier les seconds rôles, tous bons. Sans oublier l’acteur Brian G. Hutton qui joue ici le complice et qui signera par la suite, en tant que réalisateur, une dizaine de titres entre 1965 et 1985, notamment d’assez bons films de guerre et films noirs policiers. La photo de Charles Lang (crédité « Charles Lang Jr. ») est régulièrement somptueuse et le niveau de violence graphique est assez élevé. De Fort Bravo ( Escape From Fort Bravo, USA 1953) à Chino ( Valdez il mezzosangue / The Valdez Horses, Ital.-Esp.-Fr. 1973), le cinéaste John Sturges aura tourné, sur une période de vingt années, des westerns variant du bon au très bon, à commencer par celui qui demeure à mes yeux son chef-d’oeuvre : [PRORGRAM(7_secondes_en_enfer)] ( Hour of the Gun, USA 1967), révision historique et réaliste, en forme de remake approfondi et réfléchi, de son classique Règlement de comptes à O.K. Corral. Sturges demeure assurément un des cinéastes majeurs de ce genre au vingtième siècle : c’est d’ailleurs ainsi que la critique américaine le considérait, négligeant ses contributions aux autres genres (aventures, guerre, science-fiction, film noir policier) pourtant parfois non moins remarquables, notamment en raison de sa maîtrise formelle, de plus en plus impressionnante à mesure que sa filmographie augmente mais à condition que le scénario soit assez rigoureux pour l’inspirer.

1 Blu-ray-50 Full HD 1080p édité par Paramount le 18 août 2021. Durée du film : 94 min. environ. Image VistaVision et Technicolor au format 1.85 nominal (en 1.78) compatible 16/9. Son Dolby Audio True HD 2.0 mono (VOSTF) et Dolby Digital 1.0 (autres versions sonores, y compris la VF d’époque). Suppléments : présentation par Leonard Maltin (2021, durée 7 min. environ, VOSTF), 4 bandes-annonces dont celle du film de référence (VO sans STF). Possibilité de changer de son à la volée (ce qui est bien) mais (ce qui l’est moins) l’arrêt de la lecture du film oblige, si on veut ensuite la reprendre alors que le disque est encore dans la platine, à relancer le menu en repartant de zéro au lieu de conserver mémorisé le point du film auquel on s’était arrêté. Illustration de jaquette identique (mis à part le titre francisé) à celle de l’édition américaine : sa dominante rouge est du plus bel effet. Illustration de menu épurée, assez élégante, opposant d’une manière presque abstraite Kirk Douglas et Anthony Quinn.

Présentation du film par Leonard Maltin (2021, durée 7 min. environ) : brève mais honnête, assez bien illustrée de photos de tournage et de photos de plateau. Elle brosse à très gros traits les carrières du cinéaste John Sturges (considéré par Maltin comme un honnête artisan qui ne s’est jamais exprimé sur son art alors qu’un livre d’entretien lui avait été consacré en France), du directeur photo Charles Lang (crédité Lang Jr. au générique d’ouverture), du producteur Hal Wallis, des acteurs Kirk Douglas, Anthony Quinn, Earl Holliman (qui ressemble un peu à Don Murray), de l’actrice Carolyn Jones. Pas un mot de Maltin sur l’actrice Ziva Rodann, jouant ici l’une des plus belles indiennes vues dans un western de la période 1950-1960, parmi d’autres actrices telles que Debra Paget et Sarita Montiel ! Une très sévère erreur de sous-titrage vers la 45ème seconde, lorsque Maltin précise que Sturges débuta comme monteur vers 1930 « comme les cinéastes Robert Wise et Mark Robson »: le nom de Robson est massacré par le sous-titrage français en « comme les cinéastes Robert Wise et Mark Gropes » ! Ajoutons que c’est parce qu’ils avaient débuté tous les trois comme monteurs à la RKO que Maltin les cite tous les trois.

Bandes-annonces (VO sans STF, durées variables tournant autour de 2 min. 30 sec. environ) de Le Dernier train de Gun Hill (USA 1958, couleurs) de John Sturges, L’Orchidée noire (USA 1958 N&B) de Martin Ritt, Règlement de comptes à O.K. Corral (USA 1956, couleurs) de John Sturges, Les Furies (USA 1950, N&B) de Anthony Mann. L’image argentique et le transfert vidéo oscillent du mauvais état à l’état moyen.

Édition spéciale certes sympathique mais assez maigre que Paramount aurait dû étoffer au moins d’une galerie affiches et photos d’exploitation.

Format 1.85 nominal légèrement recadré en 1.78, VistaVision Technicolor compatible 16/9 sur BD50 Full HD en 1080p. Le léger recadrage du 1.85 en 1.78 n’altère plus la définition ni les couleurs comme il le faisait à l’époque du DVD : sur grand écran TV UHD, la différence est à présent négligeable en FullHD. C’est exactement le même master 1080p que celui sorti aux USA cette année dans la collection « Paramount Presents » dont il constitue le volume 18. Copie argentique admirablement restaurée, remastérisée à partir d’un scan 6K effectué à partir du négatif original. La perfection sauf un ou deux plans d’ensemble en état moyen (train traversant le désert vu de loin, par exemple : stock shot peut-être rapporté, ce qui expliquerait la différence argentique). Couleurs vives souvent admirablement composées, profondeur de champ du VistaVision bien restituée, numérisation permettant de mesurer les qualités de la photographie signée Charles Lang (crédité Charles Lang Jr. au générique d’ouverture), en scènes diurnes comme nocturnes. Charles Lang (1902-1998) fut un des meilleurs directeurs photos N&B de la Paramount à partir de 1929 mais il fut, par la suite, aussi récompensé en 1990 par un Eastman Kodak Award concernant son travail sur les titres de sa période couleurs (y compris ceux tournés, comme Le Dernier train de Gun Hill, en écran très large VistaVision ou bien Cinerama). Bon équilibre général entre grain et lissage vidéo.

Dolby Audio True HD 2.0 mono (VOSTF) et Dolby Digital 1.0 (autres versions sonores, y compris la VF d’époque) : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Piste sonore américaine parfaitement restaurée, en très bon état, offrant un relief sonore supérieur aux autres versions sonores. Excellente VF d’époque sur le plan dramaturgique, bien écrite et bien jouée, techniquement en très bon état : les acteurs et le studio de doublage français de 1958-1959 sont indiqués sur un écran placé après la fin du film, ce qui est bien car l’histoire du doublage est partie intégrante de l’histoire du cinéma. Musique solide et dynamique signée Dimitri Tiomkin (1894-1979) dont la filmographie hollywoodienne est considérable et couvre tous les genres.

Crédits images : © Bryna Production

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