Le Musée McCord veut s’inscrire dans son époque – media1.ledevoir.com

La dernière décennie en a été une d’évolution selon la présidente, et le dynamisme qui en résulte continue de se maintenir. Par exemple, à la fin de l’automne, une plateforme numérique sera lancée afin de rendre accessibles les différentes collections et fonds d’archives du musée. Chercheurs, élèves ou tout autre citoyen : tous auront accès sans frais à cette riche documentation. Sur le plan logistique, le musée prévoit la numérisation d’une centaine de milliers d’objets dans les mois à venir.

Nouvelle culture organisationnelle

Actuellement, de nombreuses institutions culturelles, universitaires et politiques remettent en question les pratiques qui régissent leurs activités dans un objectif de décolonisation et d’ouverture. Les musées n’y échappent pas, et cela commence par la diversification des équipes et la transversalité du pouvoir, d’après Suzanne Sauvage. « On ne peut pas dire qu’on décolonise quand on est une équipe constituée que de personnes blanches, affirme-t-elle. Il faut avoir une politique de recrutement et de formation qui encourage la diversité et pas seulement dans les postes d’exécution, mais aussi dans les postes de direction. »

La présidente et cheffe de la direction du Musée McCord, Suzanne Sauvage

Pour sa part, le Musée McCord s’est donné comme objectif, dans le cadre de sa politique d’équité, de diversité et d’inclusion, que 30 % de son personnel soit issu de la diversité montréalaise d’ici les cinq prochaines années. En plus de s’engager à éduquer et à former les équipes afin qu’elles s’approprient cette démarche.

Mais la décolonisation concerne également le contenu et la volonté d’intégrer les sensibilités des différentes communautés culturelles dans la conception des expositions. « Cela prend de la cocréation dans tout ce qu’on fait », soutient M Sauvage. L’exposition en cours de préparation consacrée aux communautés noires de Montréal et prévue pour 2024-2025 illustre bien ce désir de travailler en synergie avec les autres. « Nous sommes actuellement en train de faire des rencontres avec les représentants de ces communautés pour avoir une première réflexion sur les thèmes qui devraient être explorés et les choses à éviter. »

Dans la liste des initiatives entreprises pour relever ce défi, on relève la nomination du chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, à la tête du conseil d’administration. Son entrée en fonction a eu lieu en juin dernier. M. Picard est le premier Autochtone à occuper un tel poste dans un musée montréalais. Dans la foulée, l’établissement annonçait la mise sur pied d’un comité consultatif autochtone permanent qui aura pour mandat de guider la direction sur la façon de représenter l’histoire et la culture des Premiers Peuples et des Métis.

Sortir du musée et aller à la rencontre des gens

Nous sommes à l’ère des tables d’échange et de concertation, et cela suscite une réaction positive, d’après Suzanne Sauvage. « Mais on sera jugés sur les démarches et les actions qui vont être mises en place », prévient-elle.

Conscient de son bagage colonial, le musée a amené la réflexion sur ses pratiques de gouvernance hors les murs en organisant une consultation auprès d’environ 600 personnes issues de groupes marginalisés, tels que les communautés autochtones, les communautés représentant la diversité et les milieux LGBTQ+, de même qu’auprès d’acteurs communautaires. L’objectif était de favoriser une liberté d’expression accrue. La question qui leur a été posée : À quoi s’attendent-ils d’un musée d’histoire sociale au e siècle ?

30 %

C’est le pourcentage de personnel issu de la diversité que le Musée McCord souhaite atteindre d’ici les cinq prochaines années.

Même si les résultats sont encore à l’étape préliminaire, il en ressort « le désir d’avoir des espaces sécuritaires, et il y a encore beaucoup de travail à faire pour que ces communautés se sentent chez [elles] au sein du musée », avance M Sauvage. Et dans les propositions qui ont émergé, « on nous suggère de sortir du musée et d’aller à la rencontre des gens dans leur milieu. C’est une perspective intéressante que l’on va étudier dans notre planification stratégique ».

Cela concorde avec la mission du Musée McCord, celle d’être un espace citoyen et participatif qui s’appuie énormément sur la collaboration avec des partenaires éducatifs et culturels. Par exemple, avec Une école montréalaise pour tous, qui intervient dans les écoles primaires en milieu défavorisé, l’initiative Une semaine au musée a vu le jour avant la pandémie et devrait reprendre prochainement. « On voulait démystifier ce lieu et que les élèves, en grandissant, n’aient pas l’impression que ce n’était pas accessible pour eux, indique-t-elle. C’est vraiment une expérience émotionnelle fantastique. »

Réduire son empreinte écologique

L’autre dossier inévitable en ce moment et auquel il est essentiel de s’attarder est l’environnement. Comment instaure-t-on des valeurs écoresponsables dans un musée ? « Je dirais que l’exemple le plus évident concerne toute la production pour les expositions, on a énormément de matériel qui doit être recyclé et réutilisé. On le fait déjà, mais on peut le faire encore mieux. »

Le musée a fait donc appel à des consultants externes pour élaborer et clarifier cette politique et mettre en place des plans d’action dans les années à venir. « Les soucis écologiques sont un peu la toile de fond de tout ce qu’on fait, confie Suzanne Sauvage. C’est le cas pour tout le monde, on n’est pas uniques. » La première politique du musée en matière de développement durable a été adoptée en 2012.

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