A l’Ecole Moser, les élèves jonglent avec les algorithmes – Le Temps

Et, mon, or, pour: adverbes, conjonctions de coordination ou prépositions?

Pour répondre à ces colles, les petits fronts se plissent, puis les doigts commencent à pianoter sur les tablettes qui côtoient les traditionnels livres et cahiers d’écoliers. Sans oublier le sacro-saint Bescherelle. Eh oui, même la numérisation ne semble pas avoir eu raison de l’indémodable bible de la conjugaison… En tout cas dans la classe 8C de l’Ecole Moser, à Chêne-Bougeries (GE).

Au fil des réponses, les pour cent augmentent sur le grand écran interactif qui a, lui, détrôné le bon vieux tableau et ses craies à l’avant-centre de la classe. Audrey Bollard pose un regard attentif sur ses élèves âgés d’une dizaine d’années. Elle vole à leur secours quand la nature d’un mot pose un défi insurmontable à l’un ou qu’un autre bute sur un couac informatique.

«Ces outils permettent de rythmer la séance et obligent les élèves à se concentrer sur une tâche précise», relève celle qui a fait partie des utilisatrices précoces des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Pour élargir le champ des possibles pédagogiques ou stimuler la créativité des enseignants et des élèves, leur intérêt s’est imposé à elle comme une évidence: «En travaillant avec les élèves comme vous le voyez aujourd’hui, cela me permet par exemple de voir très vite si l’un d’entre eux a des lacunes», évoque-t-elle.

L’APPARTEMENT DU CONCIERGE CONVERTI EN LABORATOIRE

Audrey Bollard a donc commencé tôt à intégrer les NTIC dans ces cours et à suivre des formations sur le sujet. Mais l’année 2019 a réellement marqué un tournant pour elle et pour l’école puisque celle-ci lui a offert un petit royaume: le Moserlab. «Nous voulions vraiment un tiers-lieu dédié à ces technologies. Alors, nous avons converti l’ancien appartement de fonction du concierge en laboratoire d’expérimentation et de développement», raconte Alain Moser, directeur de l’établissement privé qui fait partie des six finalistes du Prix Swiss Venture Club Genève.

A l’intérieur de ce nouveau temple de la numérisation à vocation pédagogique et sous la houlette d’Audrey Bollard, une poignée d’informaticiens s’activent, installés dans une grande salle juxtaposée au bureau de la psychologue scolaire. Dans le vestibule, une énorme toile d’un vert lumineux fait face à une caméra sur trépied. «Les enseignants peuvent faire ici des tutoriels pour expliquer certaines thématiques à leurs élèves, précise Alain Moser. L’idée, c’est par exemple que ceux-ci les visionnent en dehors des cours pour qu’on puisse vraiment exploiter pleinement les moments de présence à des fins d’expérimentation et d’application.»

A LIRE: L’école romande amorce sa mue numérique [https://www.letemps.ch/suisse/lecole-romande-amorce-mue-numerique]

Lorsqu’il a repris la direction de l’école en 2001, le fils du fondateur de l’établissement était déjà animé d’une conviction, celle que «le numérique allait développer des outils qui amélioreraient l’apprentissage et qu’il amènerait une vraie valeur ajoutée en étant bien utilisé». Très vite, il s’en est emparé. D’ailleurs, insiste-t-il, «le rôle d’une école privée, c’est justement d’être un laboratoire. Parce que quand on est petit, on est plus agile. On peut donc être plus innovant.»

UN JEU À SOMME NULLE

Alain Moser observe avec intérêt le débat passionné qui oppose à Genève partisans et adversaires de l’école numérique. Il souhaite que l’éducation publique s’inspire davantage des expériences faites dans le privé, soulignant «être tombé dans tous les écueils». D’ailleurs, en 2019, il avouait au _Temps_ hésiter à faire machine arrière et à renoncer à la tablette numérique dont chacun des 1500 élèves de l’Ecole Moser est équipé. Le lancement de son nouveau laboratoire numérique le confortera toutefois dans sa vision, le semi-confinement achevant de dissiper ses derniers doutes: «Le lundi qui suivait la décision du Conseil fédéral, tous les cours étaient donnés à distance par les enseignants et les élèves les suivaient sans devoir monopoliser l’ordinateur familial.»

LIRE AUSSI: A Genève, le numérique à l’école retente sa chance [https://www.letemps.ch/suisse/geneve-numerique-lecole-retente-chance]

«La bonne nouvelle, c’est qu’en quinze ans d’expérimentation, les résultats de nos élèves ne se sont pas dégradés. La mauvaise nouvelle, c’est qu’ils n’ont pas non plus progressé», note tout de même le directeur de l’établissement. Le signe que ces technologies ne sont pas non plus omnipotentes.

Mais pour lui, comme pour Audrey Bollard, l’essentiel est peut-être ailleurs: apprendre aux nouvelles générations à tirer le meilleur parti de ces technologies, les impliquer davantage dans leur apprentissage, mais aussi leur donner du plaisir à acquérir de nouvelles connaissances.

Visiblement, dans la classe 8C cela fonctionne. Annabel, Isaac, Joseph et Elie sont unanimes: «Les tablettes, on adore!» «Parce que ça te donne envie d’apprendre», étaie l’un, «qu’on apprend en s’amusant», ajoute l’autre, que «c’est plus efficace», renchérit un troisième. Mais aussi, conclut une dernière petite voix, «que ça pèse moins lourd dans la sacoche».

Kahoot, iTouch screen, Kids A-Z, Book Creator… Les élèves énumèrent les applications qui sont devenues leurs compagnes d’apprentissage. Créer avec eux l’un de ces petits programmes, c’est justement un des projets qu’Audrey Bollard leur réserve. «C’est nouveau et ambitieux, lâche-t-elle, en souriant. Alors, on verra comment ça marche.»

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L’ECOLE MOSER, UN LABORATOIRE PÉDAGOGIQUE

En sélectionnant l’Ecole Moser, le jury du Prix Swiss Venture Club Genève rappelle qu’une école privée, c’est aussi une entreprise. Fondée en 1961 par Henri Moser, celle-ci a d’ailleurs pour point commun avec les sociétés privées de ne pas donner d’information sur son chiffre d’affaires.

Sa contribution économique doit ainsi se lire à la lumière de son impact sur l’emploi. Entre les personnels enseignant et administratif et les autres métiers qui gravitent autour de son activité, l’établissement compte 230 collaborateurs et collaboratrices répartis sur trois sites, le siège genevois de Chêne-Bougeries et les campus de Nyon (VD) et de Berlin en Allemagne.

RETROUVER LES PREMIERS ÉPISODES DE LA SÉRIE:

Des dunes du Sahara aux montagnes de déchets chez [https://www.letemps.ch/economie/dunes-sahara-aux-montagnes-dechets-chez-serbeco] Serbeco [https://www.letemps.ch/economie/dunes-sahara-aux-montagnes-dechets-chez-serbeco]

Le divico, arme secrète de la Cave de Genève [https://www.letemps.ch/economie/divico-arme-secrete-cave-geneve]

LA SEMAINE PROCHAINE:

La passion du bois selon Charpente Concept

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