Inquiétante et étrange : ce que la jeune création nous raconte du transhumanisme – L’ADN

Cette veine artistique emprunte une voie esthétique de laboratoire, les images sont dépouillées, les lumières aveuglantes, les regards absents. Les œuvres empruntent l’ uncanney valley, cet espace où la ressemblance avec l’humain est imparfaite sans se donner pour autant parfaitement à voir, laissant place à un sentiment étrangement familier de répulsion ou de gêne. Les jeunes artistes ne sont pas fascinés par les cyborgs, ils questionnent ce que notre obsession sociale pour le progrès technologique nous fait perdre d’humanité. Comment cette ambition de transcender la nature pourrait nous perdre…

La jeune création vous présente les prochains humains bioniques

Eliott Paquet né en 1990, vit et travaille en France

Eliott Paquet s’inspire de la littérature de science-fiction pour réaliser ses créations plastiques. À travers deux prothèses futuristes, à l’esthétique minimaliste, l’artiste dévoile des extensions du corps ultra-flexibles et malléables qui semblent donner une grande liberté aux mouvements dénués des désavantages d’un corps biologique classique. L’homme ne peut s’empêcher d’explorer son pouvoir et ses peurs pour tenter de maîtriser l’inévitable : la dégradation du corps et de l’esprit humains, la finitude. Avec ces installations mêlant titane et silicone, Eliott Paquet illustre cette recherche de l’éternité.

Duna Group (Lenka Balounová, František Svatoš, Ladislav Kyllar), vivent et travaillent en République Tchèque

Ce collectif d’artistes tchèques propose le futur modèle des standards esthétiques des cyborgs : cornes, museau à la place du nez, oreilles en pointe, implants sous l’épiderme…

Notre rapport aux autres humains et à notre propre corps est en train de changer profondément à mesure que nous nous lançons dans la course à la “virtualisation”. La démocratisation de technologies allant des membres robotisés aux réalités mixtes, associée aux progrès de la numérisation et de la modélisation 3D, laisse entrevoir la possibilité d’un corps humain modifiable, personnalisable. De nouvelles normes de beauté émergeront de ce scénario transhumaniste dans lequel des créatures mutantes envahissent notre quotidien.

Hugo Servanin né en 1994, vit et travaille à Paris

L’œuvre d’Hugo Servanin s’articule autour de la création de sculptures que l’artiste appelle des “Géants” : des êtres hybrides d’abord moulés sur des corps humains, puis assemblés avec un ensemble de matériaux synthétiques. Agissant comme un scientifique dans son laboratoire, Hugo Servanin invente constamment de nouvelles méthodes pour animer ses sculptures ; par exemple, en utilisant des procédures d’humidification/évaporation qui modifient progressivement leur forme et la couleur de leur surface, des incubateurs de contrôle de la chaleur qui font craquer leur épiderme, des ventilateurs qui les font respirer, ou des systèmes mécaniques complexes distribuant leurs fluides corporels. À l’aide d’une technologie de pointe, Hugo Servanin pose également les jalons esthétiques du futur être humain alternatif.

Isabelle Andriessen née en 1986, vit et travaille aux Pays-Bas

Dans l’une de ses œuvres, l’artiste néerlandaise Isabelle Andriessen propose une grande sculpture constituée de cinq pièces de céramique à partir desquelles des cristaux de sulfate de fer II se forment à la surface. La sculpture retient la solution minérale qui est absorbée par la céramique laissant les cristaux se développer au cours de l’exposition.

Dans notre quête pour fusionner le physique, le numérique et la machine, les anciens thèmes de l’animisme issus des civilisations et des religions antiques, sont rejoués avec la boîte à outils d’aujourd’hui : des phénomènes naturels conjugués à une installation monumentale.

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