Le Vrak, un nouveau musée suédois high-tech au service des épaves – RTS

La salle suivante est consacrée à une épave mythique: le Resande Man, dit « Le voyageur ». L’archéologue Patrick Hägglund raconte l’histoire: « Le navire est parti en mission diplomatique pour la Pologne en novembre 1860, mais une tempête est arrivée. La nuit est tombée, le bateau a heurté des hauts-fonds et au matin, il a commencé à couler. À bord, il y avait donc cette mission diplomatique avec le dirigeant du conseil suédois, des nobles, et – nous supposons – de riches présents pour la cour de Pologne. L’un des survivants, Andreas Bjugg, a laissé un récit complet de ce naufrage, connu dans toute l’Europe et devenu mythe. Le site du naufrage a pourtant été oublié. C’est en 2012 qu’un groupe de plongeurs découvre l’épave, à 50 mètres de profondeur, au sud de l’archipel de Stockholm. »

Des hologrammes pour une meilleure conservation

Avec une épave aussi prestigieuse, bien conservée et facilement accessible, le visiteur pourrait s’attendre à ce que la coque du Resande Man soit exposée, avec toute sa cargaison. Ce n’est pas le choix du musée: l’espace d’exposition ne contient aucune étrave surgie des mers, ni trésor sauvé des eaux. Johanna Väpnargård, chargée de la muséographie, a préféré utiliser de nouvelles techniques comme une reproduction 3D de l’épave, reproduite au sol et à l’échelle: « Nous voulons que le public ait l’impression d’être sur le site du naufrage. Nous ne sortons pas les objets de l’eau, mais vous pouvez les voir sous forme d’hologrammes dans les vitrines. »

L’exposition « Resande Man » au musée Vrak à Stockholm. [Anneli Karlsson – Vrak – Museum of Wrecks/SMTM]

Dans le musée, les écrans omniprésents et des casques de réalité virtuelle sont à la disposition du public, permettant de flotter au-dessus d’épaves parfaitement reconstituées. Des vidéos montrent l’incroyable état de conservation de ces navires marchands chargés de cuivre et de fer qui cabotaient entre les villes de la ligue hanséatique, mais aussi de leur cargaison, submergée par les eaux de la Baltique.

Le musée Vrak est donc représentatif d’une nouvelle façon de concevoir la gestion du patrimoine historique, en évitant de sortir les épaves de l’eau pour ne pas les abîmer. Il suit ainsi les nouvelles règles de la muséographie, privilégiant la conservation des objets, quitte à les laisser dans leur environnement d’origine.

Le musée Vasa, héritage culturel des années 1960

À quelques brassées de là se trouve pourtant un autre musée consacré à une épave, bâti autour du Vasa. Ce navire de guerre du 17e siècle qui avait coulé une heure après sa mise à l’eau, a été sorti quasi intact du port de Stockholm en 1961, avec toutes ses sculptures et ses canons. Une splendeur que ne manque aucun touriste: ils sont plus d’un demi-million à visiter le musée chaque année.

Les temps ont changé: « A cette époque, nous avions une autre vision de notre héritage culturel, c’est pourquoi nous avons remonté le Vasa », explique Patrick Hägglund. « Aujourd’hui, ce ne serait pas possible: nous n’avons pas l’argent nécessaire, et nous avons réalisé que lorsque les plongeurs sortent des objets de l’eau, ils s’abîment souvent. Nous n’avons pas les moyens de les conserver, ni les lieux pour les entreposer. »

La Baltique, mer intérieure sillonnée pendant des siècles par un intense trafic commercial, est d’une profondeur moyenne de 55 mètres seulement: il reste des centaines d’épaves à découvrir.

Propos recueillis par Frédéric Faux

Adaptation web: ms

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