Jack Lang aux Archives nationales

Le 18 juin 2021, les archives publiques de Jack Lang en tant que ministre de la Culture et de l’Éducation, accompagnées de ses archives privées (député du Loir-et-Cher, professeur de droit, membre de diverses associations) ont fait leur entrée aux Archives nationales, au retour d’un dépôt de près de 20 ans auprès de l’Institut mémoire de l’édition contemporaine (IMEC). Cette même année 2021 marque le quarantième anniversaire de l’arrivée au pouvoir de la gauche, de la nomination de Jack Lang comme ministre de la Culture et de la loi sur le prix unique du livre. De nombreux ouvrages sont apparus sur les tables des libraires pour marquer ces anniversaires, parmi lesquels la bibliothèque a sélectionné deux titres, directement en lien avec les archives de l’institution, pour enrichir son fonds.


Le premier, intitulé Jack Lang, une révolution culturelle, a paru dans la collection « Bouquins » et propose une sélection de textes tous rédigés, lus ou signés par Jack Lang, de 1961, quand, encore étudiant, il mène, dans le cadre du festival international de théâtre étudiant de Nancy, un entretien avec Jean Vilar pour Tribune étudiante, à nos jours, avec une lettre au président Macron datée de 2020 au sujet d’un « new deal culturel » après la crise sanitaire.

Le cœur de l’ouvrage est une édition brute – sans annotations ou presque – de correspondances, interviews, notes au président de la République, discours … « dits ou écrits » – comme l’indique le sous-titre – principalement produits au cours de ses dix années de présence à la tête du Ministère de la Culture (mai 1981-mai 1986 et mai 1988-mars 1993) mais aussi en-deça et au-delà. Ce voyage au cœur des archives de l’ancien ministre est l’œuvre du journaliste et universitaire Frédéric Martel, qui l’a organisée selon trois thèmes : la culture, la politique et les idées. Il contient en sus un entretien inédit de l’auteur avec Jack Lang, sous le titre « Lignes de force ».

Les en-têtes des documents ne figurent pas, et les post-scriptum ont parfois été omis ; à cette exception près, les transcriptions sont conformes aux originaux. Cela étant, cette somme rend compte d’un style et d’un volontarisme politique. En témoigne la défense du budget du ministère pour l’année 1992 lorsqu’il s’indigne des baisses, gels programmés du budget de ce « petit ministère de la culture », évoquant l’ « asphyxie budgétaire », s’exclamant « Est-on devenu à ce point suicidaire ? » et finissant par conclure « Veut-on, à quelques mois des élections, perdre même le soutien des jeunes et des artistes ? »


Les années Lang, une histoire des politiques culturelles, 1981-1993 est le 43e titre de la collection « Travaux et documents » du Comité d’histoire du ministère de la Culture, laquelle s’intéresse aux hommes et femmes en charge du ministère (Michel Guy, Jean-Philippe Lecat …) ou à la mise en œuvre de politiques spécifiques (musique, cinéma…) Sous-titré « dictionnaire critique », il peut se concevoir comme un prolongement du Dictionnaire critique des politiques culturelles depuis 1959 paru en 2001 sous la direction de Laurent Le Bon, Philippe Régnier et Emmanuel de Waresquiel, faisant marcher Jack Lang dans les pas d’André Malraux (1959-1969), qu’il égale en longévité, et certainement en notoriété, à la tête du ministère (1981-1993).

Placé sous la direction de Vincent Martigny, Laurent Martin et Emmanuel Wallon, l’ouvrage réunit les contributions de 55 spécialistes d‘histoire culturelle, science politique et sociologie qui signent des notices comportant sources et bibliographie. Organisées thématiquement , elles proposent une présentation des grands travaux – naissance du projet de la Bibliothèque nationale de France, controverse autour de la pyramide du Louvre – et des débats qui agitent une époque partagée entre patrimonialisation et intégration de la création : antiaméricanisme qui se manifeste par la défense de l’ « exception culturelle française », gouvernances partagées dans le cadre de la décentralisation… Un troisième axe permet de redécouvrir des acteurs du secteur, que ce soit, par exemple, Pierre Bergé (1930-2017) et son rôle dans la création du musée des Arts de la mode (MAM) en 1986 ou René Rizzardo (1942-2010), ardent défenseur de l’éducation populaire.

Un cahier iconographique et un index des personnes citées dans l’ensemble des 108 notices complète cet ensemble dont la grande variété permet de dresser le tableau d’une décennie riche en nouveautés marquant encore profondément la vie culturelle aujourd’hui et de rendre hommage, 40 ans après, à leur principal instigateur.